The Conversation #1 VIOLENCE SEXUELLES EN MILIEU UNIVERSITAIRE : Unbelievable, L’UNIVERSITÉ, ME TOO ET LA POUSSIERE SOUS LE TAPIS

 

VIOLENCE SEXUELLES EN MILIEU UNIVERSITAIRE : unbelievable, L’UNIVERSITÉ, ME TOO ET LA POUSSIERE SOUS LE TAPIS

Lauriane Bou

UNBELIEVABLE a le vent en poupe

En septembre 2019, alors que je rédige ma thèse et que je chronique des séries pour me détendre, je tombe sur de nombreuses critiques, par ailleurs dithyrambiques, relatives à la série très nord-américaine Unbelievable.
Le premier épisode est lent et met du temps à poser le cadre de la série. Une fois cette pilule passée, vous vous surprendrez à vous éprendre des deux héroïnes, enquêtrice aux caractères bien trempés, Je me vois vite freinée dans mes chroniques, tant les dialogues (de sourdes, parfois) font écho aux échanges que j’ai moi-même eus avec psychologues, avocats, psychiatres et un long etc.
 -Vous n’êtes pas folle ! Vous avez seulement vécu quelque chose d’anormal.
-Imagine ! Ce serait comment si tous les hommes se faisaient violer ? ! Episode 5

On y croise successivement des enquêtrices féministes radicales (mais certes blanches, l’une catho, l’autre libertaro-libérale), des victimes qui ne larmoient pas avant de voir leur agresseur condamné, mais aussi des proches qui posent la question du problème sociétal, de la socialisation du trauma comme réponse à l’impunité et au silence, de la déconstruction des masculinités comme seule voie 
vers la lutte d’émanicpation antiraciste,antipatriarcale, antimachiste, et antisexiste,

Dans ce monde de Bisounoursettes, on cesse de faire du viol un problème individuel et on mettre fin à la  réduction aux récits confrontés de l’agresseur et de l’agressé.e. Aux polémiques sur les jupes trop courtes, la crise des masculinités et autres fantasmes paranoïaques réactionnaires agitant la peur de l’altérité comme étendard et comme frontière à protéger face au féminisme radical, on oppose un regard bienveillant sur la victime en tant qu’humain opprimé dont la dignité doit être récupérée.  

Au regard de ces débats, et à leurs échos dans le champ mal-nommé de la justice transitionnel du point de vue des garanties de non répétition, je dirais que chacun doit commencer par balayer devant sa porte, par vaincre l’impunité qui réside en chacun.e de nous. Chacun.e doit cesser de se taire face à l’abus de pouvoir et à l’oppression soit-elle de genre, raciale, morale, etc. Chacu.e de nous devons comprendre que nous nous sommes vu.e.s imposer un construit culturel et social au travers de la définition de nos rôles (d’ouvrier, de subalterne, de femmes, d’hommes et plus généralement, de dominé.e.s). Pour que chaque dominé.e puise en lui-elle-même les sources de l’émancipation, en prenant conscience de l’oppression dont il est victime aussi bien que de celle qu’il imprime.

Hier et aujourd’hui, l’incroyable récit des violences sexuelles. La victime sur le banc des accusé.e.s

Mon travail de thèse porte sur les affaires liées aux crimes du terrorisme d’Etat dans l’Uruguay et le Cône Sud actuel (justice transitionnelle, lutte contre l’impunité). J’y développe une analyse de l’intersectionnalité des pratiques répressives au travers de lectures des plaintes et affaires contextuellement liées au Plan Condor. 

Parallèlement, mon militantisme syndical veut que j’accompagne des étudiant.e.s dénonçant des faits de harcèlements et plus particulièrement des faits de discrimination raciale et harcèlement à caractère sexuel.

Le hasard a voulu que moi-même victime d viol, j’enquête sur les pratiques répressives à l’égard des prisionnières politiques en Uruguay. Dans le cadre de cette enquête, j’ai moi-même été violée par une personne de mon entourage. Je n’ai réussi à dénoncer ces faits, datant de février 2016, qu’en août 2019, après un long tunnel de dépression-Prozac-Effexor, Venlafaine j’en passe et des meilleurs.

How to get away with PTSD, rape, anxiety and depression ?

Durant ma dépression, j’ai été absente à de nombreuses reprises : d’abord victimes de malaises en 2016, j’ai été absente aux Journées d’étude que je co-organisais (avril 2016), puis en 2017, à l’issue de mon second voyage de terrain, à l’hiver puis enfin à l’automne 2018. Ma hiérarchie a considéré ces basences comme des marques d’irresponsabilité à l’égard de mon travail, de mes collègues et de mes étudiant.e.s. Dernièrement, ma directrice d’UFR m’écrivait pour me signifier un second avertissement, en mettant en copie nombre de mes collègues, me rappelant publiquement à mes obligations (mars 2018 mail de l’UFR, juillet 2019 mail de l’UFR). Il m’était reproché un désinvestissement, une désinvolture et une irresponsabilité professionnelle ainsi qu’une garantie que mon comportement nuirait à la réputation des formations de mon UFR de rattachement (référence au classement de Shanghai).

Cela fait 3 ans que je suis les procédures relatives aux plaintes d’étudiantes à l’encontre d’un jeune collègue qui leur fait subir harcèlement moral, harcèlement sexuel de manière réitérée. Quelques temps après Metoo, après l’affaire Weinstein et ses remous franco-français (de Straus-Khan à Luc Besson, et plus localement, des départements de Sociologie aux départelments d’Astrophysique), des changements de procédures ont été adoptés au prix de belles luttes syndicales et sociales féministement victorieuses.  Ces changements ont obligé les universités fusionnées, n’est-ce pas, à se doter de Mission Egalités Homme Femmes menant des programmes de « Lutte contre le plafond de verre » , « Promotion de la parité », « Lutte contre le harcèlement et les violences » etc. Ni celui-ci, ni la direction d’UFR, ni les RH de l’Université n’ont cillé lors des publications à l’encontre d’Aurélien Barrau, ce prof d’Astrophysique bien en vue dans les mobilisations climats l’an dernier. 

Face à la plainte concernant le jeune collègue de l’UFR de Langues, nous avons été reçu.e.s à notre demande par la direction d’UFR qui nous a demandé la raison de notre implication dans l’affaire. Soutiens des étudiant.e.s, les collègues solidaires ont accompagné au mieux les étudiantes des promotions de Master en 2017 et 2018, ainsi que celles d’agrégation des années suivantes. Je ne parlerai pas des conséquences que notre présence pour demander des comptes sur une procédure administrative portant sur les éventuels mauvais comportements d’un collègue.

J’ajouterai simplement que la première étudiante à adresser une lettre à la Direction d’UFR a eu l’autorisation de changer de directeur de mémoire. Et puis plus rien. Les étudiantes de Master vont-elles soutenir en décembre comme en septembre devant le professeur qui les a déconsidérées tout le semestre ?
Les étudiantes candidates à l’agrégation interne vont-elles bénéficier de cours qui siéront mieux à l’agenda de ce prof TGV ne tenant pas compte des programmes officiels ni des contraintes d’étudiantes-en poste dans le secondaire ? Les étudiantes privilégié.e.s seront-elles priées de le rejoindre en ses appartements ou au bistrot du coin pour un suivi de mémoire ou des cours particuliers, encore un fois, dans le seul but de mieux les préparer aux épreuves de concours qui les attendent ?



Comment agir pour commencer à mettre fin à cette « impunité qu’on a toutes et tous à l’intérieur » ? Réfléchissons en regardons Unbelievable, avouons-nous victimes mais revendiquons collectivement notre vérité et nos solutions alternatives, et proposons la socialisation du trauma à nos sœurs et la construction de nouvelles masculinités à nos camarades hommes. 

Agrégat pour les bloggers

Face à mon agression personne ne m'avait jamais demandé avant août ce qui s'était passé dans ma vie, le moment où ça déraillait dans ma tête et dans mon corps, ce cher 2016. La Psy me disait "parlez- de vous" et moi je repassais patiemment la liste traumatique, tout en manifestant mon besoin d'un dépassement concret, je le trouve dans la lutte, dans la socialisation du trauma. La Psy m'a répondu inlassablement d'arrêter de lutter. Je suis retournée en Uruguay. J'ai porté plainte, je me suis libérée de mes antidépresseurs. J'ai lu, j'ai bossé, j'ai déposé plainte. La psy, à qui je demandais une attestation de suivi, m'a concédé que le plus dur que je lui avais annoncé ce jour-là était sans doute que l'on ne se verrait plus, et que je savais très bien que si je lui avais demandé son avis quant à la plainte, celle-ci m'en aurait empêché ou me l'aurait déconseillé. Bien, autant dire que je n'ai pas de regret de l'avoir congédiée. C'est une psy dans un centre universitaire qui m'aurait conseillé de ne pas porter plainte face à un viol, quel que soit le motif, c'est assez grave. Et Paf

Références

Dardot Néolibéralisme : Foucalt/Bourdieu https://www.youtube.com/watch?v=Xdfl5KQbwkw&t=0s
Gabriel Delacoste (Entre, RadioPedal Paciencia https://radiopedal.uy/paciencia/), https://radiopedal.uy/neoliberalismo/
“Cosas no contadas”, Agosto 2019, Blog Queguayesuruguay https://queguayesuruguay.blogspot.com/2019/08/cosas-no-contadas.html
“Desde adentro », Brecha, Agosto de 2019 https://brecha.com.uy/desde-adentro-2/
Entrevista a Ignacio Nacho De Boni Entre; Escuelita Militante Rescate de Luchas Pasadas https://mailchi.mp/d7136969f8f7/escuelita-militante-agosto?e=893435b8c4
Articulo Contretemps La gauche extra-frente-ampliste en Uruguay, Automne 2019 (à publier)
Articulo Gaudichaud, Le Monde diplomatique, Marée féministe Chili, Juin 2019 https://www.monde-diplomatique.fr/2019/05/GAUDICHAUD/59839
Federici Le capitalisme patriarcal https://g.co/kgs/i2U74L ; Le Média https://www.youtube.com/watch?v=WzWjOqif9vY ; Hors Série Aux ressources avec Federici https://www.youtube.com/watch?v=eolpUxSZogM&t=47s
Echanges avec Soledad González Mujeres Ahora; Martin Fernandez, Leonardo di Cesare; Mariana Risso, Yvonne Klinger, Mariana Mota, Mercedes (Tacuarembó), Liliana (Treinta y tres), Victoria Sequeira (Memorias en Libertad).  



Mental health ? Emotional Disease? A propos de Chaque dépression a un sens et de la conférence de David Healy

Lauriane BOUVET 

Je suis universitaire, en sciences humaines et sociales, j’enseigne l’Histoire de l’Amérique latine et mes recherches se situent à la croisée du droit, de la justice transitionnelle, de l’anthropologie et de la sociologie judiciaire, de l’histoire politique et de l’histoire des mobilisations du temps présent.
Mon travail de thèse porte sur les affaires liées aux crimes du terrorisme d’Etat dans l’Uruguay et le Cône Sud actuel (lutte contre l’impunité). J’y développe une analyse de l’intersectionnalité des pratiques répressives au travers de lectures des plaintes et affaires contextuellement liées au Plan Condor.
Parallèlement, mon militantisme amateur sur le plan syndical veut que j’accompagne des étudiant.e.s dénonçant des faits de harcèlements et plus particulièrement des faits de discrimination raciale et harcèlement à caractère sexuel. Le hasard a voulu que je sois moi-même victime de viol, de violence et d’abus de pouvoir. Pour mener ma thèse à bien, j’enquête  donc depuis 2012 sur les pratiques répressives à l’égard des prisionnières politiques en Uruguay.
Dans ce cadre, j’ai moi-même subi une agression en 2016 par une personne de mon entourage. Je n’ai réussi à dénoncer ces faits, datant de février 2016, qu’en août 2019, après un long tunnel de dépression-Prozac-Effexor, Venlafaine j’en passe et des meilleurs.
Durant ma dépression, j’ai été absente à de nombreuses reprises : d’abord victimes de malaises en 2016, j’ai été absente aux Journées d’étude que je co-organisais (avril 2016). En 2017, à l’issue de mon second voyage de terrain, ainsi qu’à l’hiver 201è-2018 puis enfin à l’automne 2018, j’ai été en arrêt maladie, je parvenais difficilement à poursuivre mon activité professionnelle.
Ma hiérarchie a considéré ces absences comme des marques d’irresponsabilité à l’égard de mon travail, de mes collègues et de mes étudiant.e.s. Dernièrement, ma directrice d’UFR m’écrivait pour me signifier un second avertissement, en mettant en copie nombre de mes collègues, me rappelant publiquement à mes obligations (mars 2018 mail de l’UFR, juillet 2019 mail de l’UFR). Il m’était reproché un désinvestissement, une désinvolture et une irresponsabilité professionnelle ainsi qu’une garantie que mon comportement nuirait à la réputation des formations de mon UFR de rattachement (référence au classement de Shanghai).

Le traitement du harcèlement sexuel et du viol dans l’université Post Me Too

En septembre 2019, alors que je chronique des séries pour me détendre, je tombe sur de nombreuses critiques dithyrambiques relatives à la série très nord-américaine Unbelievable. Le premier épisode est lent et met du temps à poser le cadre de la série. Une fois cette pilule passée, vous vous surprendrez à vous éprendre des deux héroïnes, enquêtrice aux caractères bien trempés,
Mais je me vois freinée dans mes chroniques, le discours des inspectrices attire mon attention :
-Vous n’êtes pas folle ! Vous avez seulement vécu quelque chose d’anormal. Episode 3
-Imagine ! Ce serait comment si tous les hommes se faisaient violer ? ! Episode 5
On y croise successivement des enquêtrices féministes radicales (mais certes blanches, l’une catho, l’autre libertaro-libérale), des victimes qui ne larmoient pas avant de voir leur agresseur condamné, mais aussi des proches qui posent la question du problème sociétal, de la socialisation du trauma comme réponse à l’impunité et au silence, de la déconstruction des masculinités comme seule voie vers la lutte d’émanicpation antiraciste,antipatriarcale, antimachiste, et antisexiste,
On pourrait cesser d’en faire un problème individuel. On pourrait mettre fin à la  réduction de ce problème au récit confrontés de l’agresseur et de l’agressé.e. Au polémiques sur les jupes trop courtes, la crise des masculinités et autres fantasmes paranoïaques réactionnaires agitant la peur de l’altérité comme étendard et comme frontière à protéger face au féminisme radical.
Chacu.e de nous devons comprendre que nous nous sommes vu.e.s imposer un construit culturel et social au travers de la définition de nos rôles (de femmes, d’hommes et plus généralement, de dominé.e.s). Pour que chaque dominé.e puise en lui-elle-même les sources de l’émancipation, en prenant conscience de l’oppression dont il est victime aussi bien que de celle qu’il imprime.
Je relis l’article de Lenaig Bredoux portant sur L’universite [n’a pas]fait son Metoo ; les échanges vifs sur la liste de diffusion de l’Association de Sciences Politiques sur l’affaire et les publications de Solidaires et de Place Gren’ette sur le cas Barrau.
Je revois les visages de jeunes actrices argentines criant « Mira cómo nos ponemos » et j’entends les cris des chiliennes au poing levé dans la « marea feminista » de ces derniers mois. Je me revois, raconter ma vie, au milieu de ces latino-américaines bien plus radicales et confiantes que je n’aurais su l’être. « Ne sois pas toi-même, sois-nous », me répété-je alors comme pour me rappeler que mon histoire n’est pas la mienne mais celle, potentiellement, de la prochaine étudiante à passer à l’oral devant lui, à passer quelques instants ou quelques jours dans un espace partagé avec lui,

La socialisation du trauma et la déconstruction des masculinités : pistes de secours ?

Le rôle des enseignantes, universitaires, syndicalistes, militantes féministes est de faire de la socialisation la clé de voûte de la lutte contre le féminisme institutionnel et « l’empowerment » néolibéral.
C’est en collectivisant nos problème que nous trouverons des solutions. Chacun sa vache-antidépresseur, selon l’échange et l’anecdote rapportés par Johann Hari au Vietnam.
C’est en faisant corps avec les hommes que nous leur soumettrons des masculinités alternatives, basées sur le respect, l’émancipation, la complémentarité, l’équilibre et le soutien mutuel.


Références
Johan Hari Chaque dépression a un sens Actes Sud https://www.actes-sud.fr/catalogue/sciences/chaque-depression-un-sens
Christopher Lane (trad de François Boisivon) Comment la psychiatrie et l’industrie pharmaceutique ont médicalisé nos émotions (prem ed 2009) https://www.amazon.fr/psychiatrie-lindustrie-pharmaceutique-m%C3%A9dicalis%C3%A9-%C3%A9motions/dp/2081212331?author-follow=B001HCXWPK&returnFromLogin=1&
David HEALY Conférence Sexe, antidépresseurs néolibéralisme UGA 14/10/2019 http://www.sciencespo-grenoble.fr/conference-sexe-antidepresseurs-et-neoliberalisme-lundi-14-octobre-2019/
David Healy, Conference Yale Simposium 2015 https://www.youtube.com/watch?v=23lH5xTPYpM&feature=youtu.be
Usagers de la psychiatrie :

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