Hasta siempre compañero Louis Joinet

 

Un certain Monsieur Joinet

"Cher grand monsieur Joinet (en français je n'arriverai pas à vous tutoyer), cher père du Syndicat de la Mag, du Sijau, des principes fondateurs de la justice transitionnelle, de la convention et du groupe de travail contre les disparitions forcées, et un largo etc...j'ai tant de respect et d'admiration pour vous que je peine à le dire. Je n'ai pas de héros, vous n'en êtes pas un, vous etes un Juste, un de ceux qui ne partent pas.
Les perles qui tombent sur mes joues et sur le lac de mon enfance pour accompagner votre départ sont bien peu pour traduire quelle tristesse vous emplit quand vos pères et mères soient ils génétiques ou spirituels s'en vont profiter du repos qu'ils ont durement mérité dans la ferveur de la lutte. Malgré tant de grandes oeuvres, ce ne sont pas celles ci que je retiendrai.
Je repense aujourd'hui avec émotion à vos Palabras para Norma, à votre plume acerbe en réponse aux nombreuses menaces dont vous avez fait l'objet de 18 à 80 ans, à votre curiosité et votre impatience avant que ne commence le colloque lors duquel nous nous rencontrions pour la première fois, si urgent était ce pour vous de vous rappeler de votre cher paisito. Je me rappelle des mots inspirants que vous aviez eus lorsque vous signiez les mémoires que vous m'offriez. De votre simplicité alors que je trimballais à un rythme effrené vos 80 années dans ma modeste voiture cabossée. De nos sources de ressources: La Grave où vous passiez votre enfance, les festivals de cirque dont l'évocation emplissait vos yeux d'un émerveillement d'enfant...et tant d'autres détails que je garderai pour moi. Quelle chance j'ai eue de partager un petit brin de vie avec vous. Alors que vous quittez la vôtre, sachez que vous resterez un pilier dans la mienne."



"Un Juste, juge de ceux qui font du droit un instrument révolutionnaire"...Oh l'autre! Comme elle y va

"Un juste? Elle exagère cette Cocotte hein..." que vous vous disiez en lisant le poste suivant sur les Rézosocios:

Pour parfaire votre compréhension de ma tendance à l'hyperbole,en bref... Louis Joinet c'était...


Louis Joinet: in memoriam (communiqués et hommages)
Communiqué de France Amérique latine
C’est avec une vive émotion que France Amérique Latine fait part du décès d’un soutien indéfectible et grand ami des peuples latino-américains, Louis Joinet, le 22 septembre dernier à l’âge de 85 ans.

Photo: Leo Carreno (Resumen Latinoamericano)
Successivement éducateur de rue, magistrat, expert international indépendant, conseiller ministériel, et un long etc, il a surtout été toujours un acteur solidaire, engagé et critique. Louis Joinet a mis sa vie et son intelligence au service de l’émancipation des peuples du monde et a été un fervent combattant des opprimé.e.s latino-américains.
Est-il besoin de rappeler que la trajectoire peu commune de cet « épris de justice » révèle la profondeur de la vocation internationaliste de son combat en faveur des droits des peuples et des droits humains ? 
Depuis ses premières manifestations aux côtés de son épouse pour les prisonniers politiques du Plan Condor, en passant par ses missions pour la Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme /FIDH dans les dictatures du Cône Sud, jusqu’à son investissement en tant que rapporteur sur la situation de l’Uruguay au sein du Tribunal Russell, il a été marqué de manière décisive par l’Amérique latine.
Louis Joinet n’eut alors de cesse de rappeler l’importance des témoins qu’il accompagna alors, tel le député uruguayen Zelmar Michelini et, plus encore, la militante uruguayenne Norma Scopise Couchet, dont le témoignage qu’elle tint à effectuer à visage découvert entraîna, malgré la prudence prise, sa disparition forcée. De cette expérience est né le projet de la convention internationale sur les disparitions forcées que L. Joinet fit adopter dans le cadre onusien en 2006, et qui est devenue un pilier de la justice transitionnelle de par le monde.
Fondateur du SIJAU (Secrétariat International des Juristes pour l’Amnistie [des prisonniers politiques] en Uruguay), organisme clé menant à la transition politique vers la démocratie entre 1980 et 1985 dans ce pays, soutien actif et grand ami de France Amérique Latine, mais aussi de l’association ¿Dónde Están ? – París, et, plus récemment, de l’Observatoire Luz Ibarburu et de l’Institut Français de Justice Transitionnelle, Louis Joinet a diffusé la soif de justice et du droit comme instrument d’émancipation à des générations de militant.e.s, de chercheurs-ses et de juristes.
Menacé de mort dès 1975 en raison de ses engagements en faveur de la libération des prisonniers politiques en Uruguay, il réagissait à ces pressions avec la même ironie espiègle lorsqu’en 2017, alors âgé de 83 ans, il était victime des menaces du « commando Barneix » du fait de son activisme en faveur de la justice pour les crimes du terrorisme d’État.
Au delà de l’Uruguay, Louis et son épouse Germaine, ont constitué des soutiens inébranlables pour les militant.e.s persécuté.e.s et les exilé.e.s politiques, comme cela été le cas des victimes de la dictature du Général Pinochet au Chili.
Merci Louis, nous ne t’oublierons pas!
Bureau National de FAL, Paris, 24 septembre 2019
Communiqué des Ex-Prisonniers Politiques chiliens/ France
Adieu à notre ami Louis Joinet

L’un des hommes qui a le plus contribué à faire avancer la justice dans le monde vient de nous quitter: Louis Joinet. Il nous laisse un héritage de légalité humaniste et de solidarité démocratique irremplaçable.
Pour nous, Chiliens de l’exil, Louis, ainsi que son épouse Germaine, ont constitué des soutiens inébranlables dans nos luttes pour la liberté et la démocratie. En 2013, notre association l’a déclaré “l’un des nos Justes” en remerciement à son immense solidarité et à l’accompagnement permanent qu’il a su mettre en oeuvre pour nous entourer et pour protéger notre peuple de la terreur dictatoriale.
L’Association d’Ex Prisonniers Politiques Chiliens-France se joint aux nombreuses associations, syndicats et personnalités françaises et internationales pour exprimer à sa famille notre plus profonde tristesse. 
Conseil d’administration de l’Association d’Ex Prisonniers Politiques Chiliens-France, Paris, 23 septembre 2019
Autres communiqués et hommages
Ha fallecido Louis Joinet (¿Dónde están) (en español/ en français)
Louis Joinet : « obstinez-vous ! » (Sinémensuel)

Parce qu’il croit qu’on peut changer le monde en changeant l’institution dans laquelle on est, Louis Joinet a toujours revendiqué ses engagements. Sous son allure modeste, cet homme de 77 ans a les convictions acérées et un CV long comme le bras. Expert indépendant à l’Onu pendant trente-deux ans, fondateur du Syndicat de la magistrature, président de la Commission nationale informatique et liberté (Cnil), avocat général à la Cour de cassation, il a également été chargé de la justice, des libertés publiques et des droits de l’homme à Matignon, de Mauroy à Bérégovoy, puis nommé conseiller de François Mitterrand.(…)
L’Institut Francophone pour la Justice et la Démocratie – ex-IUV a appris avec une grande tristesse le décès de M. Louis Joinet, cofondateur du syndicat de la magistrature, mais aussi inlassable négociateur de multiples accords de paix et grand artisan de la lutte contre l’impunité.
Nous avons eu le plaisir de le rencontrer et de le recevoir à de nombreuses reprises et de fonder son sous patronage, en 2013, l’Association francophone de Justice transitionnelle. Souvent présent à nos cotés pour nos colloques et nos conférences, son expertise et sa bienveillance ont toujours été, pour nous, une source d’enseignements et d’inspiration. Véritable auteur des piliers de la Justice transitionnelle qui est au cœur de nos activités, nous l’avions lors de la création de l’IFJD sollicité pour présider notre comité de parrainage et donner son nom à notre Institut. Il nous avait fait l’immense honneur d’accepter notre invitation.
Lors de notre dernier Conseil d’administration, nous avions décidé que désormais l’IFJD deviendrait l’Institut Francophone pour la Justice et la Démocratie – Institut Louis Joinet. Aujourd’hui, encore plus qu’hier, nous mesurons l’honneur qu’il nous avait fait. Sa confiance est pour nous une source de fierté, mais aussi et surtout un encouragement à poursuivre nos actions dans le respect de l’éthique qui fut la sienne tout au long de sa vie.
Nous présentons nos très sincères condoléances à sa famille et ses proches.
Reportage web TV5MONDE

Norma Scopise

Une histoire le marquera à jamais, celle de Norma Scopise,  une disparue du Plan Condor. "Nous étions en 1976. Rentrant de mission on me demande d’être rapporteur pour un tribunal d’opinion, le tribunal Russel, qui tenait une session sur les pays du Cône Sud et le Brésil , notamment sur l’Uruguay. Je trouve deux témoins exemplaires, que je connaissais de renommée, dont Norma Scopise, une jeune militante Tupamaros dont le mari avait été assassiné devant elle. Elle avait été affreusement torturée et était exilée en Argentine. Je décide de lui demander d’accepter de témoigner. On avait prévu de filmer son témoignage à Paris, de le flouter et d’anonymiser son nom. Après 10 minutes de tournage, elle craque et refuse de continuer. Elle s’isole et revient en nous disant : « Je veux témoigner à visage découvert parce que, sinon, je fais le jeu de la répression ». (...) Et elle a témoigné à visage découvert devant le Tribunal Russel... Il y avait un silence incroyable dans la salle, c’était extraordinaire d’émotion. Je l’ai raccompagnée à son hôtel et je lui ai dit : « Tu as pris un risque énorme. Tu aurais dû m’écouter et ne pas témoigner publiquement. Elle m’a répondu : C’est ma décision ». Quelques mois après, j’appris qu’un soir, elle était dans son appartement, au quatrième étage de son immeuble, quand elle a vu l’armée encercler la maison. Elle a compris que c’était pour l’arrêter et s’est jetée par la fenêtre."

Son appartement devient le bureau des associations


Toujours au service des autres, il avait transformé son immense appartement de la rue Meslay en bureau des associations. Avec lui, servir n'était pas se servir.
Louis Joinet aimait par dessus tout les arts de la rue. Ils étaient son oxygène, loin des juridictions internationales,  au point d'accepter de devenir, en 2005, président de l'association du Festival de théâtre de rue d'Aurillac. Ce grand ami d'Ariane Mnouchkine jouait volontiers de l'accordéon, son instrument fétiche seul, en famille, pour les amis ou pour célébrer une décision judiaire de premier ordre.

Dans "le tourbillon de la vie", Louis Joinet aura gardé le cap.
L'humanité vient de perdre l'un de ses plus fidèles représentants mais le ciel gagne une étoile.

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